Gyotaku : un regard sur la pêche à Groix

Exposition d'Ilona Stephani
Du 3 au 29 avril 2017
Gyotaku : un regard sur la pêche à Groix

On raconte qu’au Japon durant la période Edo (1600-1868), le seigneur Sakaï pêchait avec ses samouraïs. Ils attrapèrent une superbe dorade grise, symbole du bonheur pour les Japonais. Sa forme, ses écailles et son âme impressionnèrent grandement les guerriers. Si l’empereur avait été parmi eux, ils lui auraient offert la prise, mais l’histoire se déroule loin de la capitale. Un des samouraïs propose alors de prendre l’empreinte de la dorade sur une feuille de papier. Le poisson est enduit d’encre de chine puis déposé sur la feuille. C’est ainsi que le premier gyotaku fut offert à l’empereur.

La technique d’impression de poissons sur papier  ou sur tissu prend racine dans les fondements de la culture japonaise. Sur leurs œuvres, les pêcheurs japonais inscrivaient également les mensurations de leurs prises, le lieu de la capture et ajoutaient parfois un poème de remerciement avant d’apposer leur signature.  Dans cet élan artistique s’exprime la satisfaction et la fierté d’avoir pris une pièce d’exception mais aussi la reconnaissance de la générosité des océans.

La transcription de « gyotaku » en « âme de poisson » se justifie pour un travail d'artiste mais « gyotaku » signifie « impression de poisson ». « Gyo » signifie poisson et « takou » ou « takuhon », « copie frottée ».  Ceci rappelle la méthode de reproduction des gravures sur pierre ou autres légers reliefs. Chez nous on utilise la craie ou la mine de crayon. Les anglais ont donc naturellement traduit cette technique en « fish rubbing »

La technique présentée ici consiste à disposer le poisson avec ses nageoires bien présentées, de l’encrer et de passer un papier dessus. La subtilité est de permettre à l’épreuve de reprendre vie en surlignant l’oeil ou quelques indices que l’impression ne rendrait pas du premier coup.

Ayant eu un coup de coeur pour cette art, Ilona  Stephani se prend à rêver d’imprimer un thon sur papier, symbole de la grande époque de l’économie insulaire locale. Quelques passionnés de vieux gréements, comme les amis du « Biche » ou Pascal Orvoen, le propriétaire de la «Reine des Flots » maintiennent cet art de pêche. C’est avec ce dernier, afin de participer à une pêche au thon, papier, encre et pinceau en main, qu’elle a embarqué pour en ramener des thons imprimés in situ. Alors en pleine mer, elle raconte : « le pot d’encre était balloté par la houle de trois mètres et un vent force six, le papier chinois claquait au vent, à la limite de se déchirer sur la bête qui venait juste de cesser de battre sa colère contre le pont ».

  Conscients aujourd’hui des menaces qui pèsent sur nos océans, cet art prend dès lors une nouvelle dimension. Pour Ilona Stephani, représenter des poissons de l’île de Groix que les pêcheurs lui amènent est hautement symbolique. C’est une façon de sensibiliser chacun aux espèces que l’on a encore la chance de trouver sur nos côtes, de les regarder d’une nouvelle façon, d’en redécouvrir la beauté au travers de l’empreinte laissée sur le papier et d’en conserver la mémoire.

 Par la  présentation des produits de pêche  cette exposition souhaite allier le geste à la parole à ceux qui en vivent.

 


 

Peintre, Praticienne de Médecine Traditionnelle Chinoise (MTC), Ilona Stephani est aussi enseignante deShiatsu et de Qi Gong. Fille de radiologue et de peintre, née en 1962 à Genève. Elle grandit entre imagerie et pinceau. Française par mariage, mère de 3 enfants, elle a pratiqué et enseigné depuis 30 ans le Shiatsu et la médecine chinoise à Londres, Yverdon et Genève. En 2010 elle ouvre un cabinet dans le Morbihan sur l'ile de Groix et développe son activité d'artiste.